samedi 30 janvier 2016

Point lecture: Check Point de Jean-Christophe Rufin.

check point

Mon premier point de lecture de l'année est consacré au dernier roman de Jean-Christophe Rufin, un roman sur lequel je "louchais" depuis un moment et que j'ai eu un mal de chien à finir, pas à cause de la qualité du livre, mais par manque de temps. Je l'ai désormais terminé et j'ai plutôt apprécié ma lecture je m'en vais donc vous débriefer tout ça !!

          |Résumé|

Maud, vingt et un an, cache sa beauté et ses idéaux derrière de vilaines lunettes. Elle s'engage dans une ONG et se retrouve au volant d'un quinze tonnes sur les routes de la Bosnie en guerre. Les quatre hommes qui l'accompagnent dans ce convoi sont bien différents de l'image habituelle des volontaires humanitaires.

Dans ce quotidien de machisme, Maud réussira malgré tout à se placer au centre du jeu. Un à un, ses compagnons vont lui révéler les blessures secrètes de leur existence. Et la véritable nature de leur chargement.

          |Mon avis|

Au centre de cette histoire, une protagoniste importante, une jeune fille, Maud, mal dans sa peau, et qui pour trouver un sens à sa vie se lance dans l'humanitaire. Elle participe à un convoi, de deux camions, chargé de distribuer denrées alimentaires et médicaments à la population isolée par la guerre, en pleine Bosnie centrale, en 1995 ... Sa féminité semble se résumer uniquement à son prénom, elle fait tout pour que les hommes ne la remarque pas. Cheveux courts, grosses lunettes, vêtements larges, elle veut se protéger pour ne pas affronter le regard des hommes. C'est pourtant sa féminité, sa douceur et sa naïveté qui va complètement contraster avec les quatre garçons qui vont l'accompagner durant cette aventure. Elle va en effet se retrouver face à un véritable combat de coq, la tension est palpable au quotidien, les quatre hommes ne s'entendent et ne se supportent pas, en compétition continue, ils vont même jusqu'à se battre entre eux, alors qu'ils sont déjà en zone de combat.

Le livre est constitué de plusieurs parties. J'avoue m'être un peu ennuyée durant la première. La mise en place est un peu longue. On fait connaissance avec les quatre hommes, leur psychologie et leurs motivations à être présents sur cette zone de guerre, tout cela par l'intermédiaire des confessions qu'ils font à Maud. On apprend aussi le quotidien et les angoisses que connaissent les volontaires sur le terrain. L'angoisse d'être tué, l'angoisse à l'approche des fameux "check point", ces points de contrôles tenus désormais par des milices armées jusqu'aux dents. Il faut savoir négocier,  et connaître la langue du pays pour passer sans encombre. Le danger est partout, avec ses risques d'embuscades, ses ruines, ses dommages collatéraux, ses traites, ses charniers.

Mais l'allusion à la guerre de Bosnie s'arrête là. En réalité on a affaire à un véritable huis clos entre ses cinq personnages. L'action commence véritablement à prendre forme à partir de la seconde partie, et c'est à ce moment que j'ai absolument dévoré mon livre tellement l'action me tenait. Au cours du périple le groupe va se scinder en deux, car le convoi ne transporte pas uniquement de l'alimentation et des médicaments mais bien des explosifs. Par amour d'un des garçons, Maud va choisir de participer au vol du camion qui contient ses explosifs et partir avec lui dans les montagnes bosniaques afin de fournir les armes pour aider le pays à sortir du conflit. Ils se retrouvent tous deux seuls, avec pour avenir les montagnes à traverser et le climat pas toujours amical, (difficile d'avancer sous des rafales de neige), mais poursuivis aussi par leurs anciens camarades qui souhaitent récupérer la marchandise (sans compter accessoirement les quelques milices qui traînent et qui peuvent les tuer à tous moment).

Ce qui a été particulièrement agréable dans cet ouvrage, c'est la fluidité de l'écriture. J'ai pas vraiment eu l'impression de lire un roman mais plutôt de voir un film. Le décor était parfaitement planté dans mon esprit, tout était limpide. On pourrait même penser qu'il a été écrit comme une sorte de "road movie", je ne sais pas si le terme peut s'accorder à la littérature, mais on peut appeler cela un "road novel" (??)... Je m'attendais par contre à un peu plus d'anecdotes historiques sur la guerre de Bosnie, mais ce n'est pas la motivation de ce roman, très proche aussi du thriller psychologique ...

Titre: Check Point

Auteur: Jean-Christophe Rufin

Éditeur: Gallimard.

Publication: mars 2015.

Pages: 390.

Prix: 21€.

 

Pas de billets la semaine prochaine, vacances obligent et j'ai comme une envie de me déconnecter du monde virtuel pendant quelques jours. Mais cela ne doit pas vous empêcher de laisser quelques mots si ça vous dit, je me ferais un plaisir de vous répondre à mon retour.

Tchuss ...

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mercredi 3 juin 2015

Point lecture: L'amour et les forêts d'Eric Reinhardt.

Ma parenthèse lecture d'aujourd'hui est consacrée au dernier roman d'Éric Reinhardt L'amour et les forêts paru dans la collection Blanche de Gallimard au mois d'août 2014. Pour ce roman Éric Reinhardt a obtenu plusieurs distinctions dont le prix Renaudot des lycéens 2014, le prix du roman France Télévision 2014 et le prix des étudiants France Culture - Télérama 2015.

L'amour et les forets

 

 

Résumé (extrait du quatrième de couverture):

          "A l'origine, Bénédicte Ombredanne avait voulu le rencontrer pour lui dire combien son dernier livre avait changer sa vie. Une vie sur laquelle elle fit bientôt des confidences à l'écrivain, l'entrainant dans sa détresse lui racontant une folle journée de rébellion vécue deux ans plus tôt, en réaction  au harcèlement continuel de son mari. La plus belle journée de toute son existence mais aussi le début de sa perte (...)."

Je suis tentée de vous dire que cet ouvrage se décline en plusieurs points. Au commencement il y a cette rencontre entre Éric Reinhardt et une fidèle lectrice et admiratrice, répondant au nom de Bénédicte Ombredanne. Elle est professeur, agrégée de lettres, âgée de 36 ans, mariée deux enfants. Plusieurs échanges de mail tout d'abord vont conduire à une première rencontre dans un café. Ce qui n'est au départ qu'une rencontre littéraire va se transformer en véritable confidence. Bénédicte va se laisser aller à des confessions très personnelles sur sa vie privée et surtout sur la relation qu'elle entretient avec son mari et l'emprise psychologique qu'il exerce sur elle.

Bénédicte prend donc la parole, comme un roman dans un roman. La relation houleuse qu'elle et son mari entretiennent constitue la partie centrale du roman. Un soir, alors qu'elle rentre du travail, elle retrouve son mari prostré dans la chambre conjugale. Son attitude fait peur aux deux enfants. Bénédicte cherche à savoir ce qui le met dans un tel état, et il aura du mal à "cracher le morceau". Il a comme une sorte de crise "autiste", il est dans sa bulle, en larmes sans rien vouloir savoir de l'extérieur. Il semble avoir vécu un choc très violent. En réalité il a une prise de conscience, celle-ci intervient après l'écoute d'une émission à la radio concernant les manipulateurs et harceleurs psychologiques. Il réalise qu'il est de ceux-là et il prend conscience du comportement qu'il a envers sa femme. C'est un déclic pour lui mais aussi pour elle. Ils se sont tous deux enfermés dans une relation malsaine faite de violence psychologique et conjugale. Lui le manipulateur, elle la manipulé... Face à cette confession elle se rend compte alors qu'elle est en train de passer à côté de sa vie de femme et comme pour se donner une chance de reprendre sa vie en main elle se rend sur le site de rencontre Meetic afin de peut-être faire une rencontre ou LA rencontre qui bouleversera le cours de sa vie. Au fil des recherches et des discussions le courant fini par passer avec un des internautes. Celui-ci n'a rien de commun avec les autres interlocuteurs du site. Il est juste là pour parler, échanger des mots, des pensées, il est poli, aimable et surtout il l'a respecte. C'est lui qu'elle choisit le temps d'une journée, pour oublier son quotidien, pour s'évader ...

Bénédicte se lance alors dans le récit émouvant de sa merveilleuse journée avec ce bel inconnu, nommé Christian, un antiquaire, qu'il l'accueille dans sa belle maison à l'orée d'une forêt et qui lui propose avant tout de l'initier au tir à l'arc. C'est le début de l'enfer pour Bénédicte, elle vient d'enclencher une machine infernale qu'elle ne pourra pas contrôler. Son mari va finir apprendre son écart de conduite ... La suite je vous laisse la découvrir (j'en ai déjà beaucoup trop dit).

Éric Reinhardt nous propose ici une sorte d'auto-roman, dans lequel il s'insère, à l'écriture impeccable, au style et au vocabulaire parfaitement maitrisé, même si parfois "cru" (descriptif des scènes d'amour, des violences psychologiques, des différents échanges sur Meetic, etc.). Il choisi d'évoquer un sujet quelques peu tabou, la violence conjugale. Personnellement la relation de cette femme avec son mari a fini par m'oppresser. Comment faire face à un manipulateur psychologique ? Comment un être humain peut anéantir une personnalité à ce point? Au fil du livre on a affaire à une héroïne qui se perd peu à peu dans ses contradictions. J'ai souvent eu envie de secouer Bénédicte !! "Mais réponds lui !!" "fais ta valise !!! ", elle a tellement eu d'occasions pour partir. Mais il y a les enfants, son mari la menace et surtout personne autour d'elle est au courant de ce qu'elle vit. J'avoue que ce roman m'a bousculé, m'a émue, m' a stupéfié. Je suis heureuse de l'avoir fini c'est comme si maintenant je pouvais respirer, comme si j'avais vécu une grande partie de ma lecture en apnée.

Ce roman est aussi un hommage à l'écriture. Par l'intermédiaire de son personnage, Éric Reinhardt nous prouve à quel point l'écriture est un don de soi et peut soigner tous les maux. Bénédicte soulage son mal être que par l'écriture, comme si elle osait vivre la vie qu'elle aurait souhaité.

"Quel bonheur que d'écrire, quel bonheur que de pouvoir, la nuit,souvent la nuit, s'introduire en soi et dépeindre ce qu'on y voit, ce qu'on y sent, ce qu'on entend que murmurent les souvenirs, la nostalgie ou le besoin de retrouver intacte sa propre grâce évanouie, évanouie dans la réalité mais bien vivante au fond de soi..."

- Bonne Lecture -

L'amour et les forêts, Eric Reinhardt, coll. Blanche, Gallimard.

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mercredi 11 mars 2015

Point lecture: "Charlotte" de David Foenkinos

Le point lecture du jour est consacré au dernier roman de David Foenkinos, Charlotte, paru au mois d'aout 2014 et publié dans la collection Blanche de Gallimard. Grâce à cet ouvrage, l'auteur à remporté deux prix, le prix Renaudot 2014 ainsi que le prix Goncourt des lycéens 2014.

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Résumé (extrait du quatrième de couverture)

"Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une oeuvre picturale autobiographique d'ue modenrité fascinante (...)"

Charlotte est le treizième roman de David Foenkinos. Il nous propose ici un récit bouleversant. Comment ne pas être marqué par le destin tragique de cette artiste peintre juive née en 1917 et morte à son arrivée à Auschwitz le 10 octobre 1943, gazée certainement parce que trop faible pour travailler dans le camp en raison de sa grossesse. Elle avait seulement vingt-six ans et pourtant en parcourant sa vie au travers de ce livre, elle nous donne l'impression d'avoir vécu beaucoup plus longtemps. Issue d'une famille juive bourgeoise, elle connait de terribles tragédies et ce depuis le plus jeune âge, comme si la mort rodait tout autour d'elle. Un mauvais karma ?? ... possible. Sa famille connait quelques troubles bipolaires avec de multiples suicides, c'est d'ailleurs presque une tradition familiale.

Adolescente, elle se découvre artiste, elle peint, beaucoup, son talent est finalement repéré, mais étant juive elle n'a pas le droit à la reconnaissance. Elle est mise à l'écart tout d'abord de la notoriété puis petit à petit de toutes les sphères de la société. Ce qui la sauve au début c'est sa ressemblance avec une aryenne, elle peut encore prendre un simple verre sur une terrasse de café, vivre ... mais la boule au ventre, l'étau se resserre... C'est le début de l'oppression. On découvre d'ailleurs comment la société artistique juive de l'époque essaie de survivre tant bien que mal face à la montée des nazis. Certains réussiront à fuir vers les Etats-Unis, les Pays - Bas, d'autres seront déportés ...

Charlotte_Salomon

Charlotte est envoyée par ses parents dans le sud de la France, où elle est accueillie à Nice, par Ottilie, une américaine qui héberge des juifs notamment des enfants. Elle rejoint alors ses grands-parents qui eux aussi vivent chez l'américaine.  Ce sera sa perte. Elle est déportée une première fois avec son grand-père, elle est confrontée une première fois à l'horreur humaine. Elle est finalement sauvée. Elle échappe une seconde fois à une déportation grâce à un policier français qui lui demande de s'enfuir. Elle est déportée une troisième fois, suite à la dénonciation d'une voisine ou d'un voisin, cette fois-ci c'est à Auschwitz ... Elle et son compagnon partent pour le camp de la mort.

Avant sa déportation "définitive" elle réalise l'Oeuvre, SON OEUVRE. Vie? ou Théâtre? tel est le nom de cette autobiographie artistique où se mêle l'écriture, la peinture, la musique. Cette oeuvre est composée de 784 gouaches de figures et de mots peints, réalisées dans l'urgence entre l'été 1940 et 1942. Se sentant en danger de mort, elle confie cette oeuvre au Docteur Moridis en lui disant "C'est toute ma vie" ... elle a un besoin de transmettre ce qui lui reste, à savoir ses souvenirs, peut- être pour exister encore bien après la mort, pour perdurer dans le temps.

Mais Charlotte c'est aussi l'obsession d'un auteur pour son sujet. David Foenkinos se met en scène dans son ouvrage, il se lance sur les traces de Charlotte, comme un jeu de pistes, il recherche des indices, comme pour entrer en connection avec l'artiste, pour se rapprocher d'elle un peu plus. Il lui rend hommage. ... Cette obsession il l'a manifeste par l'écriture. Il choisi de rédiger son texte en prose, tel un poème. J'avoue que j'ai été dérangé par cette mise en page, il m'a fallu un peu de temps pour adapter ma lecture. Mais pourquoi avoir choisi ce mode de rédaction?  Justement il se justifie: "Pendant des années j'ai pris des notes, j'ai parcouru son oeuvre sans cesse (...) j'ai tenté d'écrire ce livre tant de fois! (...) Devais-je romancer son histoire? (...) je commençais, j'essayais puis j'abandonnais (...)C'était une sensation physique, une oppression, j'éprouvais la nécessite d'aller à la ligne pour respirer. Alors j'ai compris qu'il fallait l'écrire ainsi."

Charlotte-Salomon-Leben-oder-Theater

J'ai été très émue en lisant son histoire, certains passages m'ont fait froid dans le dos. Comment vivre face à la persécution constante des nazis. Comment garder confiance en l'humanité?  et comment avoir confiance en son prochain? (Elle en a vécue des trahisons). C'est difficile de parler du livre sans vous spoilier toute l'histoire, il y a tant de choses à dire. Tant de paradoxe aussi. Car c'est en vivant presque libre, sortant dans la rue aux yeux même des nazis, qu'ils l'a laisseront tranquille. C'est en vivant reclue, et cachée qu'elle sera dénoncée ...

J'espère vous avoir donné envie de découvrir cet ouvrage ou du moins d'avoir éveillé en vous un intérêt pour cette artiste partie bien trop jeune...

 

David Foenkinos, Charlotte, collection Blanche, Gallimard, 221p. , 18E50.

Posté par MamzelleMarie à 22:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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