samedi 4 mars 2017

Point Lecture: L'homme qui voyait à travers les visages d'Eric-Emmanuel Schmitt.

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Qui parle en nous quand nous parlons?

Peut-être nous ... Peut-être nos parents ...

Peut-être la société ... Peut-être Dieu ...

Sommes-nous l'auteur de nos actes?

L'auteur de notre vie?

Arriverons-nous jamais à la vraie liberté?

- Eric-Emmanuel Schmitt -

 

C'est par cette citation que j'ai choisi de commencer ma petite "chronique littéraire" du jour, consacrée à un auteur que j'affectionne tout particulièrement, Monsieur Eric-Emmanuel Schmitt et à son dernier ouvrage L'homme qui voyait à travers les visages, livre que j'avais déjà succinctement évoqué ici. Cette citation est directement extraite du livre qui nous intéresse aujourd'hui et qui résume assez bien les questionnements soulevés par l'auteur dans ce roman.

          - Résumé -

Une vague d'attentat ensanglante Charleroi. Morts et blessés s'accumulent. On soupçonne des mobiles religieux sous ces actes radicaux. Augustin, jeune stagiaire au journal local, se trouve pris, malgré lui, au coeur des évènements. Pour prouver qu'il n'est pas l'idiot que tout le monde croit, il mène son enquête. Pour cela, il possède un don unique: il voit à travers les visages, percevant autour de chaque personne les êtres minuscules - souvenirs, anges ou démons - qui le motivent ou le hantent. Est-il un fou ? Ou le sage qui déchiffre la folie des autres? Son investigation sur la violence et le sacré va l'amener à la rencontre dont nous rêvons tous ...

          - Ce que j'en pense -

Eric-Emmanuel Schmitt confie les rênes de son histoire à un narrateur, Auguste Trollier, personnage au parcours difficile. Stagiaire au journal local, il est exploité par son patron. Solitaire et sans ressources, il squatte chaque nuit une usine désaffectée pour se mettre à l'abri. Orphelin à la sensibilité très particulière, il a appris à vivre avec un don unique, celui de voir les morts. Un don, à double tranchant, qui l'éloigne de toute forme de sociabilité. Qui peut croire à son don à part lui-même? La peur de paraître fou rythme au jour le jour chacune de ses relations.

Puis l'évènement tragique arrive, l'attentat place Charles II à Charleroi va venir bouleverser la vie d'Auguste. Quelques secondes avant l'horreur il croise le kamikaze et son mort. Ce n'est qu'après l'explosion qu'il fait le rapprochement entre ce qu'il a vu avant et ce qu'il vient de se produire. Il décide de mener l'enquête au péril de son secret. Le kamikaze a-t'il été influencé par cet "esprit" qui l'accompagnait ? A-t'il répondu à la volonté de Dieu ? L'investigation d'Auguste va prendre une tournure mystique, voir spirituelle. Il s'interroge sur la place de l'Homme par rapport à Dieu, la place de Dieu par rapport à l'Homme? Les esprits influencent-ils nos actes ? Sommes -nous complètement maître de nous mêmes ? Existe-t'il la possibilité qu'un autre facteur puisse nous diriger ?

Certainement influencé par l'actualité, Eric-Emmanuel Schmitt se sert de cet attentat comme prétexte à une réflexion mystique et philosophique. Les thèmes de Dieu, des religions, du lien entre la violence et le sacré, du mystère des comportements, sont alors abordés entre les différents protagonistes au risque parfois de faire traîner le discours un peu en longueur. Eric-Emmanuel Schmitt s'introduit lui-même dans sa narration et poursuit son exploration spirituelle, celle qu'il avait entamé dans son roman précédent La nuit de feu.

J'ai eu un coup de coeur tout particulier pour le personnage de la Juge Poitrenot. Une femme haute en couleur, originale, au caractère bien trempé et au sens de l'humour décapant et absolument jubilatoire. Elle va pousser Auguste dans sa réflexion la plus profonde mais va également donner un peu de légèreté au récit jusqu'à casser le rythme tragique du personnage principal.

Ce roman nous incite à découvrir et à redécouvrir les textes sacrés, de la Bible au Coran, de l'Ancien au Nouveau Testament. Un livre qui tend au questionnement sans véritablement apporter de réponses "toutes faites". Je pense que l'auteur compte ici sur l'intelligence de ses lecteurs, il nous pousse à la réflexion et espère que nous trouvions les réponses en fonction de notre vécu, de notre éducation, de notre rapport au sacré et à la religion.

Loin d'être obscur, c'est un roman qui fait preuve d'une grande originalité !!

 

Auteur: Eric-Emmanuel Schmitt

Editeur: Albin Michel

Genre: roman contemporain

Parution: septembre 2016

Pages: 421.

ISBN: 9782226328830.

Prix: 22€.

Crédit photo couv - The Lady and the Black Cat - Mars 2017.

 


vendredi 27 février 2015

Point lecture: "La part de l'autre" d'Eric-Emmanuel Schmitt.

 

Je choisis d'ouvrir aujourd'hui cette section lecture avec un livre d'Eric-Emmanuel Schmitt La Part de L'autre publié en 2001.

 

la part de l'autre

Résumé (extrait de la quatrième de couverture):

8 octobre 1908: Adolf Hitler recalé. Que se serait-il passé si l'Ecole des Beaux-Arts de Vienne en avait décidé autrement? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d'artistes?

Cette minute-là aurait changé le cours d'une vie, celle du jeune, timide et passionné, Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde ...

 

Eric-Emmanuel Schmitt nous présente ici deux histoires, deux mondes qui évoluent parallèlement avec un même personnage. Ce personnage n'est pas anodin puisqu'il s'agit d'Hitler. Par ces deux homonymes, l'auteur tente de nous démontrer que nous évoluons en tant qu'individu, vers le bien ou le mal , en fonction des choix et des décisions que nous prenons quotidiennement.

D'un côté nous avons Adolf Hitler, quatorzième chancelier de l'Allemagne, dictateur nazi et exterminateur des juifs (en même temps es-ce besoin de le préciser ...). Il est recalé deux fois à l'Académie des Beaux Arts de Vienne. Il considère cet échec comme une véritable humiliation. Il ne se remet aucunement en question, ni lui, ni son travail est à juger, pour lui c'est l'Académie qui ne sait pas reconnaître son "génie". Il devient vagabond, marginal, se construit une fausse identité artistique. Puis il est appelé à la guerre, la première guerre mondiale, et y trouve son Salut, sa vocation. La défaite de l'Allemagne face à la France et à l'Angleterre va être le point de départ de sa personnalité politique et militaire. Il se révèle pleinement tel que nous connaissons le personnage au travers des livres d'histoires (fou, machiavélique etc.)

Puis de l'autre côté nous avons Adolf H. L'auteur choisi ici de ne pas citer de nom de famille (histoire peut-être de bien séparer les deux personnalités). Cet Adolf là est choisi par l'Académie, il vit presque totalement de sa peinture, de son art, deviendra même pour certains un peintre de référence. Lui aussi connaît la première guerre mondiale, y participe, ne la comprend pas forcément. Il épouse une juive, lui fera deux beaux enfants. Sa vie est bercée par l'art, la culture, avec Paris comme capitale artistique de référence. Au travers de ce personnage, Eric-Emmanuel Schmitt propose ici une uchronie. Il prend comme point de départ une situation historique existante et en modifie l'issue. Par cet exercice l'auteur cherche à nous faire comprendre qu'on ne naît pas mauvais mais qu'on le devient. Il rejoint de ce fait la thèse de Jean-Paul Sartre sur l'existentialisme (rien n'est joué d'avance, chaque homme décide à chaque moment de l'orientation de sa vie, tout peut basculer, les hommes se réinventent perpétuellement).

Pourquoi avoir choisi Hitler? un sujet presque tabou ... L'auteur se justifie "Je vais décrire ce qui me repousse" et ajoute "(...) C'est un être banal. Banal comme le mal. Banal comme toi et moi. Ce pourrait être toi, ce pourrait être moi. Qui sait d'ailleurs si demain ce ne sera pas toi ou moi? Qui peut se croire définitivement à l'abri? A l'abri d'un raisonnement faux, du simplisme, de l'entêtement ou du mal infligé au nom de ce qu'on croit le bien? (...).

Au-delà de la thèse philosophique, cet ouvrage est un véritable petit bijou, passionnant, au style d'écriture impeccable. Eric-Emmanuel Schmitt nous tient en haleine tout le livre, aucun ennui ne vient perturber notre lecture. La langue française est maîtrisée et on sent bien le travail de documentation considérable qui a été effectué pour la rédaction de cet ouvrage.

Enfin si mon choix s'est porté sur ce livre c'est avant tout par curiosité (Que se serait-il passé si .... ???) J'aime les ouvrages d'Eric-Emmanuel Schmitt, j'avais donc pleine confiance, je savais que ma curiosité serait satisfaite par le schéma qu'il allait proposer. Au fond chacun peut s'imaginer une version de l'histoire. Si le destin d'Hitler avait basculé du "côté clair de la force" le visage du monde serait probablement totalement différent...

La Part de L'autre, Eric-Emmanuel Schmitt, Livre de Poche, 503 pages.

Posté par MamzelleMarie à 19:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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